Toutes mes excuses pour cette interruption du texte et des images mais je n’ avais plus les moyens de communiquer par internet depuis que je suis rentré chez moi, il y a 15 jours. Apres changement de l’ alimentation de mon micrordinateur et de la carte modem je peux redonner signe de vie.
D’ abord pour signaler que je ne suis pas l’ auteur du texte intitulé « Jeudi 20 juillet – c’ est la fin ». En effet il ne me serait pas venu à l’ idée de m’ attribuer le titre de sacré rouleur d’ abord parce que je n’ ai reçu la bénédiction de personne pour devenir un « sacré » rouleur et si j’ ai roulé des gens dans la farine, j’ espère que ce n’ est pas vous car mon récit – spontané et très mal mis en forme par manque de temps – a pour principal objectif de donner les éléments concrets de mon voyage qui devraient pouvoir éclairer la formation d’ une opinion sur « ces gens-là » et non pas la répétition d’ à-priori issu du témoignage des voyageurs précédents. Quant au sacré webmaster ça s’ applique plutôt à Jean-Philippe Battu et j’ en profite pour le remercier une grande fois publiquement pour le boulot qu’ il a fait pour mettre sur pied ce site et le tenir à jour en textes et photos. Maintenant qu’ il est en vacances pour un mois, il ne peut plus le faire d’ où l’ astuce de dérivation vers une adresse sur mon site personnel.
Ensuite pour dire en vitesse que je suis rentré le 21 juillet chez moi en Savoie avec 15 kilos de moins qu’ à la sortie de l’ hiver dernier (après les habituels abus de boustifaille et d’ alcool), c’ est-à-dire que je suis en pleine forme. Sur mon retour à Bishkek en voiture et a Genève en avion via Istanbul (Istamboul en français ; je me laisse influencer par les cartes anglophones) des détails sous peu …
Pierre André
Mercredi 2 août 2006-08-02
Nouvelles de Farette (hameau d’ Albertville)
J’ en étais donc resté à Och le 17 juillet où je partageais une chambre d’ hôtel avec un jeune catalan amateur de randonnée en montagne et qui faisait 8 semaines de vélo au Kirghizistan entrecoupées de l’ escalade du Pic Lénine au Tadjikistan : le monde est tout petit puisqu’ il connaît le Beaufortain où il a participé à l’ épreuve de ski-alpinisme de la Pierra Menta. Il me conseille particulièrement un resto du bazar de Jayma (à Och) : des tables avec’ une dizaine de places sur des bancs et au bout de chaque table une (plus rarement un) cuisinière qui présente son plat dans un grand sac de toile : de grandes pâtes plates pimentées arrosées d’ oignons frais servies à la main (en fait pratiquement à l’ unité : pour 3 soms (6 centimes d’ Euro) j’ en ai eu 5 ou 6) sur une page de livre imprimée (l ‘encre en prime) ou du riz aux petits légumes (pois chiche par exemple) servis également avec une main qui plonge dans le sac ou des pâtes grillées additionnées de tomates et concombres crus ; pour le thé il faut se lever et aller chercher sa théière et sa coupe à côté du fourneau où bout l’ eau pour 2 soms (au lieu des 5 à 10 des autres restos où on est servi à table) ; avec 2 ou 3 somsas (beignets à la viande et aux oignons) ça fait au total un repas complet pour 27 soms au lieu des 50 à 100 nécessaires habituellement. A la réflexion, mon cothurne et moi étions bien d’ accord qu’ un petit tour au restaurant des pauvres (eh oui ça existe encore) est un expérience enrichissante qui manquera toujours cruellement à certains.
Je confirme mon départ en taxi pour le lendemain (20 Euros, dont 2 pour mon vélo, pour les 670 kilomètres jusqu’ à Bishkek) auprès de Daniyar responsable de l’ Osh Guesthouse (en anglais avec un « s » à Och, please !) cité dans le guide et le 18 juillet à 7 heures je commence à attendre dans le hall de l’ hôtel. Il faut finalement une bonne heure à Daniyar pour trouver 3 autres passagers et, vers 9 heures on se dépêche de démonter mon vélo pour le rentrer dans le coffre d’ une Mercédès, le passager à la place du mort étant très pressé. Après avoir cassé une accroche de sacoche (une de plus en moins) on démarre en trombe dans la circulation vers Jalalabad : klaxon et doublement sont systématiques quels que soient les véhicules en face, en train de se doubler ou pas, camion ou simple voiture. Le taxi se considère comme prioritaire et les autres doivent se tasser sur le bord incertain de la chaussée fort heureusement très large sur cette portion de l’ itinéraire. Après une centaine de kilomètres on s’ arrête pour déjeuner et on commence à prendre son temps pour manger des lagmans et commander des chachliks (brochettes) qu’ on emporte dans la voiture. On refait ensuite les 170 kilomètres de routes défoncées il y a 3 semaines mais cette fois soigneusement goudronnées et ça va beaucoup plus vite. Dans le défilé entre Tash Kömür et Karaköl j’ apprécie la sauvagerie du décor qui m’ avait échappée de nuit la première fois ; dommage je ne ferai sans doute jamais cette route sur mon vélo … Notre « homme pressé » noue conversation avec le chauffeur et le jeune couple mixte (un kirghize bien brun et une russe bien blonde) qui partage la banquette arrière avec moi. Finalement je suis interrogé au hasard d’ un arrêt-boisson sur mon éventuel goût pour la vodka ; j’ arrive à faire comprendre que je préfère le vin rouge pendant le repas aux alcools forts à jeun. A Toktogul je reconnais au passage mon « hôtel », en fait un logement chez l’ habitant et nous grimpons à vive allure au col d’ Ala Bel. A un arrêt boisson le chauffeur s’ impatient après son client … auparavant impatient qui traîne dans les magasins pour acheter … de la vodka et une bouteille de 33 cl de vin. On la finira lors d’ un quatrième arrêt autour d’ un « kurdak », une fricassée de viande délicieusement grasse. Pendant que je suis aux WC le chauffeur voit passer 3 « Inglises » (anglais) à vélo. On double le dernier et je reconnais Rod, le néo-zélandais rencontré en Ouzbékistan. La voiture s’ arrête sans même que je le demande et Rod me confirme que les routes du Tadjikistan sont « terribles » ; il est bien content d’ en finir une semaine plus tard après un aussi beau voyage mais, en attendant, il doit continuer sous la pluie pour se hisser à plus de 3000 mètres d’ altitude. Il nous faudra finalement 11 heures pour terminer ce voyage devenu parfaitement touristique sur la fin avec achat de bouteilles de « kumys », la boisson nationale avec laquelle les Kirghizes de la voiture renouent au passage. Et me revoilà à Bishkek où je vais loger pour 2 nuits à l’ école de commerce, rue Panfilov à 2 pas de la place Ala Too, centre de la ville.
Je passe la journée du 19 et la matinée du 20 sur internet et découvre au restaurant Baltika, l’ okroshka, rafraîchissante soupe (russe) froide à base de crème aigre, pommes de terre, œuf et viande. L’ après-midi du 20 me voit lambiner sur les 40 kilomètres qui mènent à l’ aéroport où mon avion doit partir à 3 heures 20 du matin suivant.
Dans le hall d’ attente trône une magnifique balance qui va jusqu’ à 200 kilos : je pèse 60 kilos et mes bagages, vélo et sacoches, 40 ; à moi de me débrouiller à faire d’ une de mes sacoches arrière un bagage à main (de moins de 8 kilos et qui puisse rentrer dans le compartiment au dessus de nos têtes dans l’ avion) et avec le reste (un vélo, une sacoche arrière, une tente et un matelas gonflable) 3 bagages en soute pesant au total moins de 30 kilos. Comme à l’ aller on avait droit à 30 kilos je me retrouve avec du surplus au retour. Je dois jeter quelques bouts de ferraille devenus superflus, des patins de freins bon marché, une bouteille d’ alcool (médicinal), 2 tee-shirts qui ont fait leur temps et le beau pantalon de Décathlon tout usé à l’ arrière-train. Je tombe en dessous de la limite de poids mais je ne pourrai échapper à la taxe de 60 dollars pour bagage encombrant: c’ est le seul aéroport à ma connaissance qui pénalise ainsi les cyclos ! De plus je dois fournir les outils pour démonter mon vélo, la société chargée de l’ emballage des bagages, sous-traitante de la compagnie Turkish Airlines qui me réclame 5 dollars de plus, n’ ayant pas de clé de 15 pour dévisser les pédales par exemple. L’ odeur de l’ écurie me permet de négliger ces détails … financiers.
L’ airbus A310 décolle parfaitement et à 4 heures du matin on nous sert … un repas ; pourquoi pas, ça occupe les gens comme moi qui n’ ont toujours pas accepté que plusieurs centaines de tonnes puissent tenir en l’ air à condition de dépasser quelques centaines de kilomètres à l’ heure de vitesse horizontale. Après 3800 kilomètres et 5 heures 30 de vol, j’ achète, à Istanbul, le journal Le Monde et me prépare moralement à revenir en francophonie pendant les 4 heures de transit. Il faut cette fois-ci faire 1900 kilomètres en 2 heures 45 (et un autre repas) pour atteindre Genève vers 12 heures 10 (heure locale). Je remonte mon vélo et me rend à la gare. Le site internet de la SNCF ne m’ avait trouvé un train pour Albertville qu’ à 19 heures mais j’ ai le temps de demander le renseignement à nos amis suisses qui m’ en trouve un en 3 branches (changement à Culoz et Chambéry) à 16 heures 21, rien que des TER qui acceptent les vélos en bagage à main, c’ est-à-dire chargés par leur propriétaire. A 19 heures en gare d’ Albertville j’ ai beau appeler chez moi pour que ma sœur vienne me chercher en voiture, personne ne répond ; normal, elle n’ était pas encore arrivée en Savoie. C’ est le cœur léger et la pédale itou que j’ attaque les 4 kilomètres, dont un bon kilomètre à plus de 12% qui me ramènent chez moi d’ où je vous salue présentement.
Pierre André
Un premier bilan :
Un merveilleux voyage, varié et enthousiasmant grâce aux gens rencontrés.
Pas de maladie digne de ce nom (sinon 4 jours de liquéfaction intestinale à Samarcande).
Pas d’ accident malgré les routes très fréquentées par les camions (on n’ était pas sur un itinéraire du commerce international depuis des millénaires en Turquie et en Iran sans risques).
Pas de problèmes mécaniques sérieux (seulement un bris de béquille et des problèmes de sacoche) et aucune crevaison.
Un appareil photo numérique qui a tenu jusqu’ au bout et dont je vais bientôt finir par savoir me servir correctement.
Une forme physique à la hauteur de l’ enjeu qui fait bien plaisir à l’ orée de ma vieillesse.
Quelques chiffres de bilan (faut bien s’ occuper dans l’ avion entre les repas et dans les salles d’ attente):
En Turquie : 26 jours dont 19,5 à vélo pour 1930 kilomètres (et 6 jours et demi de visites touristiques et de démarches administratives).
En Iran : 29 jours dont 19 pour faire 2358 kilomètres à vélo et 10 pour aller en train et en bus à Yazd et Ispahan ou se reposer en visitant des villes dont 3 des capitales historiques du pays (Téhéran, Tabriz et Qazvin).
Au Turkménistan 4 jours de vélo pour 415 kilomètres de lignes droites dans le désert et avec le vent de face.
En Ouzbékistan 20 jours dont 11 de vélo pour 984 kilomètres en pleine chaleur mais avec des gens de plus en plus sympathiques au fur et à mesure qu’ on a pris notre temps de flâner.
Au Kirghizistan 25 jours de régal surtout dans la - relative - fraîcheur estivale des montagnes avec 1816 kilomètres en 17 journées de vélo.
Financièrement :
Visas : 210 Euros
Vaccins : 160 Euros
Cartes, guides : 130 Euros
Transports :
Genève-Istanbul en avion : 223 Euros
Bishkek-Genève en avion : 540 Euros
A/R Genève en train : 45 Euros
Turquie : 40 Euros
Iran : pas grand chose.
Total : 1350 Euros
Frais de séjour (bouffe, boissons et hébergements) par pays : 1260 Euros ( en France j’ aurais dépensé 650 Euros rien que pour me nourrir en 3 mois et demi).
Turquie : 28 jours et 500 Euros (18 Euros/jour).
Iran : 29 jours et 340 Euros (12 Euros/jour).
Turkménistan : 4 jours et 31 Euros (8 Euros/jour).
Ouzbékistan : 20 jours et 160 Euros (8 Euros/jour).
Kirghizistan : 25 jours et 230 Euros (9 Euros/jour).
Total général : 2610 Euros.